La formule FLE

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mercredi, 9 avril 2008

Gougeule mon ami

Juste une petite note pour vous dire mon étonnement et ma nouvelle découverte.

Je savais toujours - bon, depuis que je fréquente des francophones - qu'ils prononcent "google" comme [gugoel], et qu'ils en dérivent un verbe super chouette "googliser". Et l'adage de la sagesse internaute Google ton ami, la solution a priori parfaite à toutes les détresses cognitives de notre époque, je le connaissais aussi.

Mais j'ai jamais vu le mot gougueule, ni gougeule, ni les verbes dans l'ortographe gougueuliser et gougeuliser non plus. Et l'omission d'un "u" dans un 'gougeule', c'est pas grave pour la prononcation de la consonne, je vous signale! Ce soir, la récompense: je les vois tous... ça existe.

Voilà, ça fait toujours plaisir d'apprendre, merci Google, quel que soit ton prénom, de notre amitié ;)

dimanche, 30 mars 2008

Voir Naples et mourir

Chers russophones, cette petite phrase, vous fait-elle sourire? Eh bien moi, oui, et j'explique pourquoi: parce qu'on dit normalement en russe voir Paris et mourir - увидеть Париж и умереть. Genre, rien que la vie pourra vous proposer après ne sera plus à la hauteur. Vous auriez tout vu, tout éprouvé, comble expérientiel, satisfaction de toutes les envies, la vie au-delà d'un tel bonheur, à quoi ça sert.
Ici, on constate le changement de la ville-clé. Pourquoi donc?
Voilà une explication assez transparente, d'ailleurs, fournie par je ne me rappelle plus quel dictionnaire: la baie de Naples passe pour l'un des plus beaux paysages du monde - ce qui est apparemment mérité - et dans la vision touristique "petite-bourgeoise" de la fin du XIX s., fait partie de ces lieux qu'il faut impérativement "avoir vu avant de mourir"...
Une autre version, à consulter ici ou ici, beaucoup plus alléchante, à mon avis, nous fait remonter à une expression italienne "Vedi Napoli e poi muori", avec le même sens d'un épicentre de tous les désirs possibles. Prononcée par les Napolitains, elle démontre leur fierté admirative et une invitation implicite de s'y rendre.
Mais le truc, c'est qu'il y a encore une ville qui s'appelle Morire, au pied du Vésuve. Donc la blague à l'origine de l'expression aurait pu être "voir Naples et puis aller voir Morire"...
A chaque peuple son rêve, et on ferait un drôle de guide touristique à partir de ces "souhaits ultimes" du monde entier... :-)

mercredi, 16 janvier 2008

Est-ce terrible d'être pas terrible?

Vous souvenez-vous de quand, comment, avec qui vous avez appris tel ou tel mot, telle ou telle phrase d'une langue étrangère? Ou bien de la vôtre, s'il s'agit d'une curiosité lexicale. Si vous répondez en positif, si vous êtes sensibles à ces petites histoires dictionnairiques, bienvenu au club. De toute façon, c'est extrêmement intéressant et cela sert à perfectionner la langue. Moi, je me souviens de la soirée quand l'expression “pas terrible” est entrée dans mon vocabulaire (au moins, passif) et a commencé à me faire sourire... ;-)

C'était une soirée très football. Les moments décisifs d'un match très tendu s'accompagnaient de commentaires en français, et j'étais bien plus centrée sur le jeu que sur le contenu linguistique. Soudain une phrase très déçue s'accroche à mon esprit: ah mais c'est pas terrible! Et bon, ce qui se passe sur le terrain est vraiment lamentable, d'où la déception dans la voix est légitime. Mais pourquoi est-ce que c'est pas terrible, quand c'est carrément terrible?!, le linguiste en moi proteste...

Mais les linguistes sont faits pour accepter les trucs, sans trop se plaindre. J'avoue que j'adore cette expression plutôt rigolo, car elle est opposée en quelque sorte aux processus sémantiques conventionnels: normalement, on utilise les mots à signification négative pour accentuer le sens positif (cf. terriblement bien / ужасно нравится); ici, la négation du négatif (pas + terrible) ne parvient pas à acquérir la signification positive! En même temps, cette expression ne fait pas annuler le sens direct du mot terrible (imaginez le contexte pour Mais non, arrête, ce n'est pas vraiment terrible, ce film, moi j'aime bien!).

Bref, ce n'est pas évident, si c'est terrible ou pas, à vous de voir... ;-)

vendredi, 11 janvier 2008

Sur le fatalisme et son optimisme intrinsèque

Parmi toutes les belles phrases qui me fascinent dans la langue de Molière celle-là occupe une place à part. La phrase que je n'arrive jamais à traduire, et qui me manque parfois dans les conversations en russe. C'est dire, quand meme. Mais sinon, comment vous la remplacez, vous, la pittoresque Tant pis? :) Littéralement traduite, ça rime à rien. M'enfin, selon le contexte.

Disons, l'emploi le moins intéressant, Tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, ou à la rigueur, cela ne nous regarde pas, c'est juste pour eux que ça complique la vie), c'est la corréspondance limite. La majorité d'emplois nous offrent les nuances beaucoup plus subtiles, pleines tantot d'un fatalisme indifférent, tantot d'un optimisme réservé.

On a raté une jolie occasion, on serait presque pret à s'adonner aux regrets, mais heureusement on sait positiver: Tant pis, j'ai d'autres possibilités. Génial, ce "tant pis" qui sert à rayer les échecs et tourner la page. Tu ne viens pas aujourd'hui? Tant pis, j'attendrai...

Mince, on se retrouve dans le meme groupe que l'Italie (sapienti sat), les Pays-Bas et la Roumanie. "Mais maintenant, le tirage est fait, il faudra faire avec, et tant pis" - voilà comment le sélectionneur des Bleus Raymond Domenech réagit au tirage pour Euro-2008. Un "tant pis" qui fait face aux circonstances, qui étale une insouciance intérieure assez élégante, qui veut dire presque "c'est pas grave".

J'aime cette force vitale sereine et apaisante, j'aime cette ambiance zen que cette petite phrase répand, j'aime ce dédoublement du sens, ce tant pis qui tourne au tant mieux.

Tant mieux :)

jeudi, 10 janvier 2008

Faut-il aller au bois?

Nombreuses sont les phobies qui font souffrir l'espèce humaine. Prenez n'importe quelle liste de termes psychologiques: on peut avoir peur à peu près de tout, littéralement (et voilà, ce que je vous dis: il y a meme un mot pour ça, pantophobie!).  Mais il y a dans la langue française un proverbe qui me pousse toujours à réfléchir sur les questions à la fois psychologiques et interculturelles très profondes.


Il ne faut pas aller au bois qui craint les feuilles
. Vous voyez un peu de quoi il s'agit... d'un cas extremement grave. En russe, on dit Волков бояться - в лес не ходить, ou Il ne faut pas aller au bois qui craint les loups. Et là, la motivation est claire comme de l'eau de roche. Mais les feuilles, franchement...

Je commence à interpréter. Serait-ce un esprit plus moqueur et plus "au-delà du concret" qui construit une hypothèse trop absurde et dejantée sur la crainte des feuilles? Est-ce plus lâche de craindre les feuilles que craindre les loups? Le proverbe français, est-il plus méprisant?... J'en sais rien.

Et finalement, pour alléger le billet. Connaissez-vous la bande dessinée russe L'hérisson dans le brouillard? Une de mes préférées, d'ailleurs, un vrai chef-d'oeuvre de M. Norstein. Si vous voulez comprendre, entre autres, comment on arrive à avoir peur des feuilles, allez-y  :)

lundi, 1 octobre 2007

Anne, ma soeur Anne

Une phrase qui accroche mon esprit dans l'édito de Claude Imbert, Le Point: "Mais la croissance, comme soeur Anne, on ne la voit pas venir..." Hum. Connaissez-vous une certaine soeur Anne? Moi, aucune. Googuelisons: parmi plusiers références purement culturelles, on lit qu'il y avait une chanson de Louis Chédid (1985) dont le texte s'appelle Anne, ma soeur Anne et  commence ainsi: "Anne, ma soeur Anne, si j'te disais c'que j'vois v'nir Anne, ma soeur Anne, j'arrive pas à y croire". Bilan: pas de croissance à prévoir, selon l'auteur de l'édito.

Sans Google, la vie serait impossible, chers amis! ;)

dimanche, 30 septembre 2007

Pourquoi coucher dehors?

Pourquoi coucher dehors

J’aimerais bien savoir pourquoi un nom charabiaesque, imprononçable, qui se ralentit sur les lèvres avec un accent bizarre, s’appelle en français un nom «à coucher dehors». Du coup, ce désir de comprendre est né quand j’étais en train de rédiger mon billet précédent et j’ai mis cet énigme à tout casser sur la page. Sans réfléchir presque. Et puis je me suis dit, mais comment ça, chers cartésiens du monde francophone, expliquez-le-moi... Cela n’est pas un billet normal, c’est un cri de secours ! Une demande d’un boué de sauvetage ! Qui couche dehors ? Ce sont ceux qui ont des noms difficiles qui couchent dehors, c’est ça? Il parait que tel est le cas, selon cette explication. Mais heureusement le sens évolue, et maintenant on peut trouver des histoires, des noms de rue, des reves ainsi... 

vendredi, 28 septembre 2007

Hypocoristiques ;)

Un terme à coucher dehors. À faire le bonheur des cruciverbistes. Pourtant, sa définition est inoffensive: c'est un mot qui exprime une intention affectueuse et caressante. Après bien des efforts de percer le secret "madame versus mademoiselle", me voilà avec un humble dégrossissage sur les appellatifs hypocoristiques. En vrac.

Les adjectifs que l'on emploie couramment pour s'adresser à une personne constituent un groupe assez limité et littéralement font référence à la taille (mon grand/ma grande, mon petit/ma petite – votre taille réelle ne compte pas), à la gentillesse (mon doux/ma douce), à la beauté (ma belle – d'un côté, cela démontre de l'affection, mais ça peut sonner familier, ironique même; quant à *mon beau, vous semble-t-il gênant?), à la bravoure (mon brave, un brin condescendant; *ma brave moi j'ai jamais vu) et à l'âge (mon vieux/ma vielle, un terme d'amitié, rien à voir avec vos cent ans potentiels, employé aisement par les ados). Il reste aussi mon cher/ma chère, où la cherté peut aller jusqu'à très cher/très chère pour aboutir à chéri/chérie, employé entre les intimes, surtout en couple.

Adjectifs à part, mon terme d'affection préféré, c'est mon (petit) coeur, impossible en russe, mais bien joli. L'appellation la plus désopilante qui fait marrer les étrangers – mon (petit) chou, d'où une version au féminin choute et un rédoublement trop redoutable chouchou, et tout ça est censé exprimer la tendresse. On peut aussi citer mon ange, mon amour, et réservé aux dames, ma mie (la contraction évidente de ma + amie). Les animaux nous donnent un terme ma biche.

À bien y réfléchir, les formules de politesse conventionnelle suivent le même modèle: madame, c'est ma dame, mademoiselle, c'est ma demoiselle, monsieur, c'est mon seigneur. Quelle tendance de s'approprier ses interlocuteurs! ;)

samedi, 22 septembre 2007

Madame, mais pas autant

Dans le titre de ce billet, je reprends la phrase tirée du commentaire laissé par Olga. Et je me demande, depuis quand on devient Madame? Mais vraiment Madame, irréparablement Madame, sans détours. Je me suis vite apperçue que le fait d'étre mariée n'a parfois rien à voir avec cette formule d'adresse: j'avais seize ans selon mon passeport, encore moins selon mon image et allure, n'empeche, on me disait Bonjour Madame. Les règles de politesse (garnies dans mon cas d'un sourire debonnaire), d'accord, mais serait-ce affreusement maladroit comme tournure si on disait 'Bonjour mademoiselle'? J'ai cru que oui. Et quand je suis venue passer mon examen de sélection à l'Unversité et j'ai vu les deux jeunes enseignantes du jury, j'ai obstinément imité la politesse des Français: 'Bonjour Mesdames'. Comme quoi la position des supérieurs doit etre marquée dans le discours. Les dames en question ont pouffé de rire - dieu sait pourqoi - mais j'ai bien reçu ma note de dix, et sur ce, mon inscription à la fac était dans le sac. D'où ma demande de conseil. Si on adresse une jeune femme dont on ignore le statut marital, devrait-on plutot opter pour Madame ou Mademoiselle? Ladite Mademoiselle, peut-elle jamais etre notre supérieure et malgré tout garder cet adresse?

mercredi, 12 septembre 2007

Les SMS à la française

Les milliards et millards de ces petits messages envoyés chaque année qui font naitre les nouvelles pratiques scripturales, sous la double action de contraintes technologiques (160 caractères seulement, qui ne sont pas franchement dit très pratiques à taper, surtout si on fait ça en marchant, en mangeant, en conduisant la voitu... non, pardon, ça jamais!), et de cette dimension intimiste (le terme introduit par Jacques Anis, figure de référence majeure en matière de communication médiatisée), créative, cocasse qui apparait quand on essaie de joindre ses proches par le biais de cette lettre minuscule.

 

D'un côté, il s'agit de simplification tout court – parce que la langue de Molière a su conserver son orthographie médiévale, qui ne reflète en absolu la langue parlée de nos jours. Ici il y a des troncations qui s'appellent dans le monde de la linguistique apocopes (plui = pluie), aphérèses (onte = honte) et aphérèses internes (aler = alors)... Hum. Des mots qui font peur ;)

 

D'autre côté, il y a les procédés spécifiques qui n'ont rien à voir avec le décalage entre la prononciation et l'écriture, c'est déjà autre chose: des jeux sémio-phonologiques (2vant = devant, 2m1 = demain, 100dek = sans déconner, kC = casser...) et des abréviations et siglaisons de toute sorte: (tlm = tout le monde). Ici, je suis bien d'accord avec vous, Firstorangutan, un langage codé et un peu puéril (parce que ludique, au fond) est créé entre intimes.

 

Aux intéressés je conseille vivement les travaux d'un chercheur français M. Fabien Liénard dont un texte je viens de relire avant d'écrire ce billet et dont j'ai repris quelques exemples!

dimanche, 9 septembre 2007

Chépo, mais ouaille note?

Suite à la discussion très animée avec firstorangutan sur le phénomène bien mystérieux du chépo, je me rappelle quelques exemples éclatants de cette orthographie moqueuse. Tout d'abord, l'incomparable Raymond Queneau, mon écrivain français par excellence; voilà ce qu'il nous offre en cadeau dans son roman éternel “Zazie dans le métro”:

Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici:

-  Répéter un peu quoi?

Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement, l'armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée:

-   Skeutadittaleur...

Le grandissime San-Antonio est aussi incontournable, avec ses transcriptions plus qu'exactes des mots anglais dans les échanges français (le fameux ouaille note... pour le pourquoi pas).

Et finalement, les emplois moins artistiques mais beaucoup plus abondants inondent les messageries instantanées: là, “ia” remplace “il y a” (e.g. merci - iapadkwa), “atta” signifie “attends”, “g” peut bien devenir “j'ai”, “pe” nous prévoit une bifurcation entre “peu” et “peux”, toute la kyrielle de “ke, kestu, kelkun...”, c'est aussi la monnaie courante...

Yadezegzamplapartagé? ;)

samedi, 25 août 2007

Lapins, lièvres et les langues étrangères

En fait, la réponse à votre question, cher P.E., a été amablement donnée par firstorangutan, qui nous a indiqué le site avec les explications cunicioles les plus détaillées! J'en ajoute un autre lien, juste pour compléter le tableau de la recherche.

Un petit commentaire comparatif: si en Français c'est le lapin qui est associé "à la resquille, aux opérations faites en douce ou à la gratuité indue, par défaut de paiement", en Russe ce sera plutot le lièvre: ехать зайцем, aller à la lièvre, par exemple, sans prendre le ticket de tramway.

En ce qui concerne les animaux qu'on peut poser à qqn, je pense aussitot aux cochons: подложить свинью, poser une truie, ce qui voudrait dire, jouer un mauvais tour à cette personne - un équivalent encore plus cocasse en Français serait jeter un chat aux jambes de qqn (ici, il faut imaginer bien le scénario, les comportements respectifs du chat, du jetteur et du bénéficiaire!). Théoriquement, le fait de poser un lapin peut résulter à la position d'une truie, n'est-ce pas? ;)

samedi, 18 août 2007

J'aimerais bien cré..er un surfeur

Le sujet dont je vais vous entretenir tout de suite surgit grace au commentaire amable de Madame Olga Koukharenko. Qu'est-ce que ça veut dire, "J'aimerais bien crémer un surfeur"? Pire encore, qu'est-ce que veut dire une pareille inscription sur un T-shirt? Vous séchez? Réflechissons ensemble...

Mettons-nous à la place d'un T-shirt. Il dirait plutot (du moins à ma connaissance de sa psychologie), "Je voudrais crécher un surfeur", crécher étant un mot familier qui signifie "habiter, loger". Genre, qu'il vienne me porter, ce surfeur tant désirable. Le problème, c'est que le verbe n'est pas transitif, on devrait mettre "crècher avec un surfeur"... hum. Si par contre le T-shirt choisit le mot crémer, mon interprétation devrait tenir compte du caractère du T-shirt en question. Si c'est un vetement vicieux, il peut bien dire, "je voudrais crémer un surfeur, détruire son corps que je suis censé couvrir au soleil". Un vetement doux pourrait vouloir donner une coloration de la crème à la peau d'un surfeur, c'est-à-dire, faire bronzer le pauvre. Et finalement, ledit T-shirt serait capable d'inventer une espèce d'un néologisme pour passer de la crème sur la peau, en l'occurence cela aurait à voir avec la crème pour bronzer? De toute façon, le texte que nous venons de rigoler avec est plein de la déférence face à la personne du surfeur... Voilà, j'ai épuisé mes explications, et les explications d'un ami natif, le fournisseur de la majorité de mon FLE, que j'ai consulté chemin faisant sur Internet... un grand merci à lui, d'ailleurs! 

Quelle version choisissez-vous? ;)

 
 

jeudi, 16 août 2007

Les figures de discours

 Je me rappelle une conversation qui m'a beaucoup marquée, avec un chercheur venu du Djibouti. On parlait de la langue française, ce qui était la chose la plus naturelle à faire au cours d'un colloque linguistique. Et de ses phrases passionnées j'ai retenu une conviction: pour voir jaillir les merveilles dans le tissu textuel de la littérature, il faut consulter les oeuvres francophones rédigées par les gens dont les langues maternelles sont très différentes mais qui savent aimer le Français langue étrangère. Ce que je fais, désormais, énormement reconnaissante pour cette découverte. Voici quelques exemples de perles à trouver sur les pages de Calixthe Beyala, une écrivaine du Cameroun; je cite ici son roman «Les Honneurs Perdus», je me permets de ne pas commenter le livre qui résulte d'ailleurs délicieux et fraiche, mais juste les petites comparaisons qui réveillent en moi une partisane de la linguistique cognitive: «Les Couscoussiers semblaient heureux de ces mots qui leur faisaient miroiter un avenir grand comme trois collines» [p. 153] - ce qui me fait arreter et penser, euh, l'avenir, est-ce que je peux le voir grand? en Russe oui, mais pourrais-je établir une comparaison? Et en voilà encore un, aussi géologique: "Et comme je ne voyais pas mon amie, je retournais à la maison, le coeur comme unemontagne" [p. 82]... d'où l'on comprend que le coeur peut bien etre extremement lourd, et on s'aperçoit son poids exact! Et la dernière trouvaille, pour vous faire savoir combien je suis heureuse d'avoir déniché un tel livre: "j'en étais heureuse jusqu'au dernier globule"... le couleur du globule n'est pas précisé... pas mal, n'est-ce pas? ;-)

mardi, 8 mai 2007

Le pianiste dont j'ai déjà parlé

Encore une phrase issue du message précédent qui a provoqué mon véritable émoi : "Ne tirez pas sur le pianiste". Je dis émoi, parce que c'était pathétique, ma recherche du sens au-delà de cette expression et des affiches du film de François Truffaut (qui appellent, à propos, à faire une chose complètement différente, notamment à tirer sur le pianiste !). Et voilà le résultat : l'interprétation nous éloigne un peu des ambulances : ici, le problème, ce n'est pas la faiblesse de l'attaqué, mais sa bonne volonté! Cela veut dire, mais il fait les efforts, le pauvre, il joue de son mieux, et par conséquence, il ne faut pas l'accabler... en outre, on observe la même portée pacifiste ;)

Des exemples sont bienvenus...

dimanche, 6 mai 2007

On ne tire pas sur une ambulance

Cela n'arrive pas souvent, connaitre l'auteur d'un proverbe. C'est quand une citation se détache de son contexte et commence sa propre vie dans le langage. Tel est le cas de Françoise Giroud, qui a prononcé pour la première fois une phrase d'une beauté scintillante et absolument proverbiale - On ne tire pas sur une ambulance. Plus précisément, elle a écrit cette phrase le 24 avril 1974 dans un article de L'Express. A l'époque, la vie en France était électrisée par les élections présidentielles, avec deux candidats susceptibles de l’emporter, MM. Giscard d'Estaing et Mitterrand. L'éditorial parlait donc de Jacques Chaban-Delmas, très affaibli déjà, et comme les politiciens et les journalistes persistaient dans ses attaques, Mme Giroud a formulé son message métaphorique mais très clair: on ne s'attaque pas à une voiture qui transporte les blessés, alors il ne faut pas s'acharner sur une personne faible, démunie, sans défense. A partir de 1985, on trouve cette expression dans les dictionnaires, toujours avec mention fam, et on observe les usages les plus variés (e.g. Je ne tire pas sur une ambulance, au contraire ou bien Non, je ne tirerai pas sur ton ambulance). Ce qui me semble beaucoup plus curieux, c'est la liste restrictive sur quoi (sur qui) on ne devrait pas tirer. C'est bizarre comme collection déontique, au moins ce que j'ai vu, moi: jamais sur les blessés (parfait, c'est la convention de Genève), sur le pianiste non plus... décidément, ce pianiste mérite attention comme phénomène de la langue française! ;)

vendredi, 23 février 2007

Avertissement au lecteur + Bonjour!

L’ouverture d’un blog, c’est toujours un événement aux retombées incalculables. Surtout dans notre cas. Mais enfin, on verra. Moi, personnellement, je serais heureuse de venir ici pour crier ma stupéfaction. Car avec la langue française, on va toujours d'étonnement en étonnement. Tenez, je vous donne un exemple.

Je croyais que ce serait logique de dire « bonjour », histoire d’être polie dans mon premier billet. Et ce mot-là, simple comme... simple comme bonjour, effectivement ! est plein de mystères, si l’on le regarde de plus près.

Ça va très bien au niveau de « souhaiter le bonjour » et « bonjour, monsieur ». Même « bien le bonjour », j’accepte. Mais l’exclamation « Bonjour les dégâts ! » me fait lever un sourcil. Je sens intuitivement que ça va tourner au pire. M-me Sagan me vient par la tête, avec son « Bonjour, tristesse », et le Petit Robert enfonce le clou : on dit bonjour ironiquement  pour « saluer une conséquence désagréable, inévitable », comme bonjour, l’angoisse ! ou même « Et bonjour les situations inextricables » (c) ! C’est ça, le Français, la langue courtoise : on salue ici les conséquences désagréables... eh bien...

Mais voilà une nouvelle tournure : un canadisme, bonjour employé pour signifier au revoir ! Pas mal. Ce qui nous donne Bonjour confiance !, à comprendre vice-versa, manière de dire il n’y a plus de confiance. Et l’énonciation si tu l’invites, bonjour l’ambiance ! équivaut plutôt au adieu l’ambiance !

D’accord, je suis prête à déchiffrer ça. Mais on arrête pas la langue. Parce que dans le Midi, on dit souvent adieu pour bonjour et au revoir. Bof, n’est-ce pas ? ;-)

Comme si ce n’était pas assez en matière de complications pour un mot tellement basique, on rencontre les usages comme  c’est bonjour bonsoir, cad nos relations se limitent à peu près à ses deux mots, et le cri Bonsoir ! veut dire qu’on s’en désintéresse, l’affaire est vue comme faite. Vous pouvez dire adieu à votre tranquillité est assez compréhensible comme ça.

Mais mon champion personnel, c’est « avoir le bonjour ». Cela me déconcerte. Ici, Dima mon grand, je compte sur toi, sors-moi de cette énigme :

  • On peut dire « t’as le bonjour de Jean-Luc », et c’est Jean-Luc (!!) qui te le dira ( ?? )
  • On peut dire également «j’ai le bonjour de Jean-Luc à te donner», et ce serait comme si J-L disait «meilleurs sentiments à... », et moi je n’avais qu’à transmettre ça.

Il paraît qu’on peut dire «t’as le bonjour » dans une situation obscure argotique...

Et pourquoi les dicos ne le mentionnent pas ??? Parce que cela va de soi pour tout le monde sauf moi ?