La formule FLE

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Mot clé - langue parlée

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mercredi, 9 avril 2008

Gougeule mon ami

Juste une petite note pour vous dire mon étonnement et ma nouvelle découverte.

Je savais toujours - bon, depuis que je fréquente des francophones - qu'ils prononcent "google" comme [gugoel], et qu'ils en dérivent un verbe super chouette "googliser". Et l'adage de la sagesse internaute Google ton ami, la solution a priori parfaite à toutes les détresses cognitives de notre époque, je le connaissais aussi.

Mais j'ai jamais vu le mot gougueule, ni gougeule, ni les verbes dans l'ortographe gougueuliser et gougeuliser non plus. Et l'omission d'un "u" dans un 'gougeule', c'est pas grave pour la prononcation de la consonne, je vous signale! Ce soir, la récompense: je les vois tous... ça existe.

Voilà, ça fait toujours plaisir d'apprendre, merci Google, quel que soit ton prénom, de notre amitié ;)

mercredi, 16 janvier 2008

Est-ce terrible d'être pas terrible?

Vous souvenez-vous de quand, comment, avec qui vous avez appris tel ou tel mot, telle ou telle phrase d'une langue étrangère? Ou bien de la vôtre, s'il s'agit d'une curiosité lexicale. Si vous répondez en positif, si vous êtes sensibles à ces petites histoires dictionnairiques, bienvenu au club. De toute façon, c'est extrêmement intéressant et cela sert à perfectionner la langue. Moi, je me souviens de la soirée quand l'expression “pas terrible” est entrée dans mon vocabulaire (au moins, passif) et a commencé à me faire sourire... ;-)

C'était une soirée très football. Les moments décisifs d'un match très tendu s'accompagnaient de commentaires en français, et j'étais bien plus centrée sur le jeu que sur le contenu linguistique. Soudain une phrase très déçue s'accroche à mon esprit: ah mais c'est pas terrible! Et bon, ce qui se passe sur le terrain est vraiment lamentable, d'où la déception dans la voix est légitime. Mais pourquoi est-ce que c'est pas terrible, quand c'est carrément terrible?!, le linguiste en moi proteste...

Mais les linguistes sont faits pour accepter les trucs, sans trop se plaindre. J'avoue que j'adore cette expression plutôt rigolo, car elle est opposée en quelque sorte aux processus sémantiques conventionnels: normalement, on utilise les mots à signification négative pour accentuer le sens positif (cf. terriblement bien / ужасно нравится); ici, la négation du négatif (pas + terrible) ne parvient pas à acquérir la signification positive! En même temps, cette expression ne fait pas annuler le sens direct du mot terrible (imaginez le contexte pour Mais non, arrête, ce n'est pas vraiment terrible, ce film, moi j'aime bien!).

Bref, ce n'est pas évident, si c'est terrible ou pas, à vous de voir... ;-)

vendredi, 11 janvier 2008

Sur le fatalisme et son optimisme intrinsèque

Parmi toutes les belles phrases qui me fascinent dans la langue de Molière celle-là occupe une place à part. La phrase que je n'arrive jamais à traduire, et qui me manque parfois dans les conversations en russe. C'est dire, quand meme. Mais sinon, comment vous la remplacez, vous, la pittoresque Tant pis? :) Littéralement traduite, ça rime à rien. M'enfin, selon le contexte.

Disons, l'emploi le moins intéressant, Tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, ou à la rigueur, cela ne nous regarde pas, c'est juste pour eux que ça complique la vie), c'est la corréspondance limite. La majorité d'emplois nous offrent les nuances beaucoup plus subtiles, pleines tantot d'un fatalisme indifférent, tantot d'un optimisme réservé.

On a raté une jolie occasion, on serait presque pret à s'adonner aux regrets, mais heureusement on sait positiver: Tant pis, j'ai d'autres possibilités. Génial, ce "tant pis" qui sert à rayer les échecs et tourner la page. Tu ne viens pas aujourd'hui? Tant pis, j'attendrai...

Mince, on se retrouve dans le meme groupe que l'Italie (sapienti sat), les Pays-Bas et la Roumanie. "Mais maintenant, le tirage est fait, il faudra faire avec, et tant pis" - voilà comment le sélectionneur des Bleus Raymond Domenech réagit au tirage pour Euro-2008. Un "tant pis" qui fait face aux circonstances, qui étale une insouciance intérieure assez élégante, qui veut dire presque "c'est pas grave".

J'aime cette force vitale sereine et apaisante, j'aime cette ambiance zen que cette petite phrase répand, j'aime ce dédoublement du sens, ce tant pis qui tourne au tant mieux.

Tant mieux :)

lundi, 1 octobre 2007

Anne, ma soeur Anne

Une phrase qui accroche mon esprit dans l'édito de Claude Imbert, Le Point: "Mais la croissance, comme soeur Anne, on ne la voit pas venir..." Hum. Connaissez-vous une certaine soeur Anne? Moi, aucune. Googuelisons: parmi plusiers références purement culturelles, on lit qu'il y avait une chanson de Louis Chédid (1985) dont le texte s'appelle Anne, ma soeur Anne et  commence ainsi: "Anne, ma soeur Anne, si j'te disais c'que j'vois v'nir Anne, ma soeur Anne, j'arrive pas à y croire". Bilan: pas de croissance à prévoir, selon l'auteur de l'édito.

Sans Google, la vie serait impossible, chers amis! ;)

vendredi, 28 septembre 2007

Hypocoristiques ;)

Un terme à coucher dehors. À faire le bonheur des cruciverbistes. Pourtant, sa définition est inoffensive: c'est un mot qui exprime une intention affectueuse et caressante. Après bien des efforts de percer le secret "madame versus mademoiselle", me voilà avec un humble dégrossissage sur les appellatifs hypocoristiques. En vrac.

Les adjectifs que l'on emploie couramment pour s'adresser à une personne constituent un groupe assez limité et littéralement font référence à la taille (mon grand/ma grande, mon petit/ma petite – votre taille réelle ne compte pas), à la gentillesse (mon doux/ma douce), à la beauté (ma belle – d'un côté, cela démontre de l'affection, mais ça peut sonner familier, ironique même; quant à *mon beau, vous semble-t-il gênant?), à la bravoure (mon brave, un brin condescendant; *ma brave moi j'ai jamais vu) et à l'âge (mon vieux/ma vielle, un terme d'amitié, rien à voir avec vos cent ans potentiels, employé aisement par les ados). Il reste aussi mon cher/ma chère, où la cherté peut aller jusqu'à très cher/très chère pour aboutir à chéri/chérie, employé entre les intimes, surtout en couple.

Adjectifs à part, mon terme d'affection préféré, c'est mon (petit) coeur, impossible en russe, mais bien joli. L'appellation la plus désopilante qui fait marrer les étrangers – mon (petit) chou, d'où une version au féminin choute et un rédoublement trop redoutable chouchou, et tout ça est censé exprimer la tendresse. On peut aussi citer mon ange, mon amour, et réservé aux dames, ma mie (la contraction évidente de ma + amie). Les animaux nous donnent un terme ma biche.

À bien y réfléchir, les formules de politesse conventionnelle suivent le même modèle: madame, c'est ma dame, mademoiselle, c'est ma demoiselle, monsieur, c'est mon seigneur. Quelle tendance de s'approprier ses interlocuteurs! ;)

mercredi, 12 septembre 2007

Les SMS à la française

Les milliards et millards de ces petits messages envoyés chaque année qui font naitre les nouvelles pratiques scripturales, sous la double action de contraintes technologiques (160 caractères seulement, qui ne sont pas franchement dit très pratiques à taper, surtout si on fait ça en marchant, en mangeant, en conduisant la voitu... non, pardon, ça jamais!), et de cette dimension intimiste (le terme introduit par Jacques Anis, figure de référence majeure en matière de communication médiatisée), créative, cocasse qui apparait quand on essaie de joindre ses proches par le biais de cette lettre minuscule.

 

D'un côté, il s'agit de simplification tout court – parce que la langue de Molière a su conserver son orthographie médiévale, qui ne reflète en absolu la langue parlée de nos jours. Ici il y a des troncations qui s'appellent dans le monde de la linguistique apocopes (plui = pluie), aphérèses (onte = honte) et aphérèses internes (aler = alors)... Hum. Des mots qui font peur ;)

 

D'autre côté, il y a les procédés spécifiques qui n'ont rien à voir avec le décalage entre la prononciation et l'écriture, c'est déjà autre chose: des jeux sémio-phonologiques (2vant = devant, 2m1 = demain, 100dek = sans déconner, kC = casser...) et des abréviations et siglaisons de toute sorte: (tlm = tout le monde). Ici, je suis bien d'accord avec vous, Firstorangutan, un langage codé et un peu puéril (parce que ludique, au fond) est créé entre intimes.

 

Aux intéressés je conseille vivement les travaux d'un chercheur français M. Fabien Liénard dont un texte je viens de relire avant d'écrire ce billet et dont j'ai repris quelques exemples!

dimanche, 9 septembre 2007

Chépo, mais ouaille note?

Suite à la discussion très animée avec firstorangutan sur le phénomène bien mystérieux du chépo, je me rappelle quelques exemples éclatants de cette orthographie moqueuse. Tout d'abord, l'incomparable Raymond Queneau, mon écrivain français par excellence; voilà ce qu'il nous offre en cadeau dans son roman éternel “Zazie dans le métro”:

Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici:

-  Répéter un peu quoi?

Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement, l'armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée:

-   Skeutadittaleur...

Le grandissime San-Antonio est aussi incontournable, avec ses transcriptions plus qu'exactes des mots anglais dans les échanges français (le fameux ouaille note... pour le pourquoi pas).

Et finalement, les emplois moins artistiques mais beaucoup plus abondants inondent les messageries instantanées: là, “ia” remplace “il y a” (e.g. merci - iapadkwa), “atta” signifie “attends”, “g” peut bien devenir “j'ai”, “pe” nous prévoit une bifurcation entre “peu” et “peux”, toute la kyrielle de “ke, kestu, kelkun...”, c'est aussi la monnaie courante...

Yadezegzamplapartagé? ;)

vendredi, 23 février 2007

Avertissement au lecteur + Bonjour!

L’ouverture d’un blog, c’est toujours un événement aux retombées incalculables. Surtout dans notre cas. Mais enfin, on verra. Moi, personnellement, je serais heureuse de venir ici pour crier ma stupéfaction. Car avec la langue française, on va toujours d'étonnement en étonnement. Tenez, je vous donne un exemple.

Je croyais que ce serait logique de dire « bonjour », histoire d’être polie dans mon premier billet. Et ce mot-là, simple comme... simple comme bonjour, effectivement ! est plein de mystères, si l’on le regarde de plus près.

Ça va très bien au niveau de « souhaiter le bonjour » et « bonjour, monsieur ». Même « bien le bonjour », j’accepte. Mais l’exclamation « Bonjour les dégâts ! » me fait lever un sourcil. Je sens intuitivement que ça va tourner au pire. M-me Sagan me vient par la tête, avec son « Bonjour, tristesse », et le Petit Robert enfonce le clou : on dit bonjour ironiquement  pour « saluer une conséquence désagréable, inévitable », comme bonjour, l’angoisse ! ou même « Et bonjour les situations inextricables » (c) ! C’est ça, le Français, la langue courtoise : on salue ici les conséquences désagréables... eh bien...

Mais voilà une nouvelle tournure : un canadisme, bonjour employé pour signifier au revoir ! Pas mal. Ce qui nous donne Bonjour confiance !, à comprendre vice-versa, manière de dire il n’y a plus de confiance. Et l’énonciation si tu l’invites, bonjour l’ambiance ! équivaut plutôt au adieu l’ambiance !

D’accord, je suis prête à déchiffrer ça. Mais on arrête pas la langue. Parce que dans le Midi, on dit souvent adieu pour bonjour et au revoir. Bof, n’est-ce pas ? ;-)

Comme si ce n’était pas assez en matière de complications pour un mot tellement basique, on rencontre les usages comme  c’est bonjour bonsoir, cad nos relations se limitent à peu près à ses deux mots, et le cri Bonsoir ! veut dire qu’on s’en désintéresse, l’affaire est vue comme faite. Vous pouvez dire adieu à votre tranquillité est assez compréhensible comme ça.

Mais mon champion personnel, c’est « avoir le bonjour ». Cela me déconcerte. Ici, Dima mon grand, je compte sur toi, sors-moi de cette énigme :

  • On peut dire « t’as le bonjour de Jean-Luc », et c’est Jean-Luc (!!) qui te le dira ( ?? )
  • On peut dire également «j’ai le bonjour de Jean-Luc à te donner», et ce serait comme si J-L disait «meilleurs sentiments à... », et moi je n’avais qu’à transmettre ça.

Il paraît qu’on peut dire «t’as le bonjour » dans une situation obscure argotique...

Et pourquoi les dicos ne le mentionnent pas ??? Parce que cela va de soi pour tout le monde sauf moi ?