Je me rappelle une conversation qui m'a beaucoup marquée, avec un chercheur venu du Djibouti. On parlait de la langue française, ce qui était la chose la plus naturelle à faire au cours d'un colloque linguistique. Et de ses phrases passionnées j'ai retenu une conviction: pour voir jaillir les merveilles dans le tissu textuel de la littérature, il faut consulter les oeuvres francophones rédigées par les gens dont les langues maternelles sont très différentes mais qui savent aimer le Français langue étrangère. Ce que je fais, désormais, énormement reconnaissante pour cette découverte. Voici quelques exemples de perles à trouver sur les pages de Calixthe Beyala, une écrivaine du Cameroun; je cite ici son roman «Les Honneurs Perdus», je me permets de ne pas commenter le livre qui résulte d'ailleurs délicieux et fraiche, mais juste les petites comparaisons qui réveillent en moi une partisane de la linguistique cognitive: «Les Couscoussiers semblaient heureux de ces mots qui leur faisaient miroiter un avenir grand comme trois collines» [p. 153] - ce qui me fait arreter et penser, euh, l'avenir, est-ce que je peux le voir grand? en Russe oui, mais pourrais-je établir une comparaison? Et en voilà encore un, aussi géologique: "Et comme je ne voyais pas mon amie, je retournais à la maison, le coeur comme unemontagne" [p. 82]... d'où l'on comprend que le coeur peut bien etre extremement lourd, et on s'aperçoit son poids exact! Et la dernière trouvaille, pour vous faire savoir combien je suis heureuse d'avoir déniché un tel livre: "j'en étais heureuse jusqu'au dernier globule"... le couleur du globule n'est pas précisé... pas mal, n'est-ce pas? 