La formule FLE

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Mot clé - phrases fétiches

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vendredi, 11 janvier 2008

Sur le fatalisme et son optimisme intrinsèque

Parmi toutes les belles phrases qui me fascinent dans la langue de Molière celle-là occupe une place à part. La phrase que je n'arrive jamais à traduire, et qui me manque parfois dans les conversations en russe. C'est dire, quand meme. Mais sinon, comment vous la remplacez, vous, la pittoresque Tant pis? :) Littéralement traduite, ça rime à rien. M'enfin, selon le contexte.

Disons, l'emploi le moins intéressant, Tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, ou à la rigueur, cela ne nous regarde pas, c'est juste pour eux que ça complique la vie), c'est la corréspondance limite. La majorité d'emplois nous offrent les nuances beaucoup plus subtiles, pleines tantot d'un fatalisme indifférent, tantot d'un optimisme réservé.

On a raté une jolie occasion, on serait presque pret à s'adonner aux regrets, mais heureusement on sait positiver: Tant pis, j'ai d'autres possibilités. Génial, ce "tant pis" qui sert à rayer les échecs et tourner la page. Tu ne viens pas aujourd'hui? Tant pis, j'attendrai...

Mince, on se retrouve dans le meme groupe que l'Italie (sapienti sat), les Pays-Bas et la Roumanie. "Mais maintenant, le tirage est fait, il faudra faire avec, et tant pis" - voilà comment le sélectionneur des Bleus Raymond Domenech réagit au tirage pour Euro-2008. Un "tant pis" qui fait face aux circonstances, qui étale une insouciance intérieure assez élégante, qui veut dire presque "c'est pas grave".

J'aime cette force vitale sereine et apaisante, j'aime cette ambiance zen que cette petite phrase répand, j'aime ce dédoublement du sens, ce tant pis qui tourne au tant mieux.

Tant mieux :)

lundi, 1 octobre 2007

Anne, ma soeur Anne

Une phrase qui accroche mon esprit dans l'édito de Claude Imbert, Le Point: "Mais la croissance, comme soeur Anne, on ne la voit pas venir..." Hum. Connaissez-vous une certaine soeur Anne? Moi, aucune. Googuelisons: parmi plusiers références purement culturelles, on lit qu'il y avait une chanson de Louis Chédid (1985) dont le texte s'appelle Anne, ma soeur Anne et  commence ainsi: "Anne, ma soeur Anne, si j'te disais c'que j'vois v'nir Anne, ma soeur Anne, j'arrive pas à y croire". Bilan: pas de croissance à prévoir, selon l'auteur de l'édito.

Sans Google, la vie serait impossible, chers amis! ;)

mardi, 8 mai 2007

Le pianiste dont j'ai déjà parlé

Encore une phrase issue du message précédent qui a provoqué mon véritable émoi : "Ne tirez pas sur le pianiste". Je dis émoi, parce que c'était pathétique, ma recherche du sens au-delà de cette expression et des affiches du film de François Truffaut (qui appellent, à propos, à faire une chose complètement différente, notamment à tirer sur le pianiste !). Et voilà le résultat : l'interprétation nous éloigne un peu des ambulances : ici, le problème, ce n'est pas la faiblesse de l'attaqué, mais sa bonne volonté! Cela veut dire, mais il fait les efforts, le pauvre, il joue de son mieux, et par conséquence, il ne faut pas l'accabler... en outre, on observe la même portée pacifiste ;)

Des exemples sont bienvenus...

dimanche, 6 mai 2007

On ne tire pas sur une ambulance

Cela n'arrive pas souvent, connaitre l'auteur d'un proverbe. C'est quand une citation se détache de son contexte et commence sa propre vie dans le langage. Tel est le cas de Françoise Giroud, qui a prononcé pour la première fois une phrase d'une beauté scintillante et absolument proverbiale - On ne tire pas sur une ambulance. Plus précisément, elle a écrit cette phrase le 24 avril 1974 dans un article de L'Express. A l'époque, la vie en France était électrisée par les élections présidentielles, avec deux candidats susceptibles de l’emporter, MM. Giscard d'Estaing et Mitterrand. L'éditorial parlait donc de Jacques Chaban-Delmas, très affaibli déjà, et comme les politiciens et les journalistes persistaient dans ses attaques, Mme Giroud a formulé son message métaphorique mais très clair: on ne s'attaque pas à une voiture qui transporte les blessés, alors il ne faut pas s'acharner sur une personne faible, démunie, sans défense. A partir de 1985, on trouve cette expression dans les dictionnaires, toujours avec mention fam, et on observe les usages les plus variés (e.g. Je ne tire pas sur une ambulance, au contraire ou bien Non, je ne tirerai pas sur ton ambulance). Ce qui me semble beaucoup plus curieux, c'est la liste restrictive sur quoi (sur qui) on ne devrait pas tirer. C'est bizarre comme collection déontique, au moins ce que j'ai vu, moi: jamais sur les blessés (parfait, c'est la convention de Genève), sur le pianiste non plus... décidément, ce pianiste mérite attention comme phénomène de la langue française! ;)