La formule FLE

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mercredi, 16 janvier 2008

Est-ce terrible d'être pas terrible?

Vous souvenez-vous de quand, comment, avec qui vous avez appris tel ou tel mot, telle ou telle phrase d'une langue étrangère? Ou bien de la vôtre, s'il s'agit d'une curiosité lexicale. Si vous répondez en positif, si vous êtes sensibles à ces petites histoires dictionnairiques, bienvenu au club. De toute façon, c'est extrêmement intéressant et cela sert à perfectionner la langue. Moi, je me souviens de la soirée quand l'expression “pas terrible” est entrée dans mon vocabulaire (au moins, passif) et a commencé à me faire sourire... ;-)

C'était une soirée très football. Les moments décisifs d'un match très tendu s'accompagnaient de commentaires en français, et j'étais bien plus centrée sur le jeu que sur le contenu linguistique. Soudain une phrase très déçue s'accroche à mon esprit: ah mais c'est pas terrible! Et bon, ce qui se passe sur le terrain est vraiment lamentable, d'où la déception dans la voix est légitime. Mais pourquoi est-ce que c'est pas terrible, quand c'est carrément terrible?!, le linguiste en moi proteste...

Mais les linguistes sont faits pour accepter les trucs, sans trop se plaindre. J'avoue que j'adore cette expression plutôt rigolo, car elle est opposée en quelque sorte aux processus sémantiques conventionnels: normalement, on utilise les mots à signification négative pour accentuer le sens positif (cf. terriblement bien / ужасно нравится); ici, la négation du négatif (pas + terrible) ne parvient pas à acquérir la signification positive! En même temps, cette expression ne fait pas annuler le sens direct du mot terrible (imaginez le contexte pour Mais non, arrête, ce n'est pas vraiment terrible, ce film, moi j'aime bien!).

Bref, ce n'est pas évident, si c'est terrible ou pas, à vous de voir... ;-)

vendredi, 11 janvier 2008

Sur le fatalisme et son optimisme intrinsèque

Parmi toutes les belles phrases qui me fascinent dans la langue de Molière celle-là occupe une place à part. La phrase que je n'arrive jamais à traduire, et qui me manque parfois dans les conversations en russe. C'est dire, quand meme. Mais sinon, comment vous la remplacez, vous, la pittoresque Tant pis? :) Littéralement traduite, ça rime à rien. M'enfin, selon le contexte.

Disons, l'emploi le moins intéressant, Tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, ou à la rigueur, cela ne nous regarde pas, c'est juste pour eux que ça complique la vie), c'est la corréspondance limite. La majorité d'emplois nous offrent les nuances beaucoup plus subtiles, pleines tantot d'un fatalisme indifférent, tantot d'un optimisme réservé.

On a raté une jolie occasion, on serait presque pret à s'adonner aux regrets, mais heureusement on sait positiver: Tant pis, j'ai d'autres possibilités. Génial, ce "tant pis" qui sert à rayer les échecs et tourner la page. Tu ne viens pas aujourd'hui? Tant pis, j'attendrai...

Mince, on se retrouve dans le meme groupe que l'Italie (sapienti sat), les Pays-Bas et la Roumanie. "Mais maintenant, le tirage est fait, il faudra faire avec, et tant pis" - voilà comment le sélectionneur des Bleus Raymond Domenech réagit au tirage pour Euro-2008. Un "tant pis" qui fait face aux circonstances, qui étale une insouciance intérieure assez élégante, qui veut dire presque "c'est pas grave".

J'aime cette force vitale sereine et apaisante, j'aime cette ambiance zen que cette petite phrase répand, j'aime ce dédoublement du sens, ce tant pis qui tourne au tant mieux.

Tant mieux :)

jeudi, 10 janvier 2008

Faut-il aller au bois?

Nombreuses sont les phobies qui font souffrir l'espèce humaine. Prenez n'importe quelle liste de termes psychologiques: on peut avoir peur à peu près de tout, littéralement (et voilà, ce que je vous dis: il y a meme un mot pour ça, pantophobie!).  Mais il y a dans la langue française un proverbe qui me pousse toujours à réfléchir sur les questions à la fois psychologiques et interculturelles très profondes.


Il ne faut pas aller au bois qui craint les feuilles
. Vous voyez un peu de quoi il s'agit... d'un cas extremement grave. En russe, on dit Волков бояться - в лес не ходить, ou Il ne faut pas aller au bois qui craint les loups. Et là, la motivation est claire comme de l'eau de roche. Mais les feuilles, franchement...

Je commence à interpréter. Serait-ce un esprit plus moqueur et plus "au-delà du concret" qui construit une hypothèse trop absurde et dejantée sur la crainte des feuilles? Est-ce plus lâche de craindre les feuilles que craindre les loups? Le proverbe français, est-il plus méprisant?... J'en sais rien.

Et finalement, pour alléger le billet. Connaissez-vous la bande dessinée russe L'hérisson dans le brouillard? Une de mes préférées, d'ailleurs, un vrai chef-d'oeuvre de M. Norstein. Si vous voulez comprendre, entre autres, comment on arrive à avoir peur des feuilles, allez-y  :)

mercredi, 22 août 2007

La plus belle philosophie linguistique

-    Vous êtes sûr que cela s'appelle comme ça?

-   Pour le moment, moi j'appelle ça comme ça, donc ça s'appelle comme ça et comme c'est avec moi que vous causez en ce moment et avec nul autre, il vous faut bien prendre mes mots à leur valeur faciale.

Raymond Queneau, «Les fleurs bleues», pp. 30 – 31